Introduction au Rôle de la Psychologie au Poker

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Aujourd’hui, on entend souvent que le Poker est devenu de plus en plus « mathématique ». Les joueurs de très haut niveau, parfois comparés à de véritables robots, utilisent des logiciels très puissants appelés Solvers pour tenter de « résoudre » toutes les situations du Poker (spoiler : c’est impossible).

Pourquoi ? Car il y aura toujours une part de psychologie au Poker. Un facteur complètement subjectif, pas vraiment matérialisable, qui va influencer le cours du jeu en permanence.

Certes, les bases stratégiques du Poker sont très importantes pour comprendre l’essentiel des techniques et des mathématiques du Poker. Mais la psychologie a un rôle tout aussi vital :

  • Pour déduire ce qu’il se passe dans la tête d’un adversaire, et agir en conséquence ;
  • Pour bloquer nos propres émotions qui empêchent de prendre les décisions logiques dans un coup ;
  • Et pour tout simplement mieux apprécier ce jeu à information manquante, impliquant la chance, qui nous offre ces moments d’adrénalines.

Au Poker, les adversaires vont et viennent. Mais peu importe leur niveau, notre plus grand adversaire, c’est nous-même.

1. Commencer par soi

Avant de parler de l’adaptation de notre jeu face aux différents profils psychologiques, il serait intéressant de rappeler ce que le poker va provoquer chez nous.

Notre rapport à la compétition

Le Poker est un jeu d’argent certes, mais quand on commence à s’y intéresser et à comprendre qu’il faut de véritables années de travail et de réflexion pour « devenir fort », l’esprit compétitif face aux autres fera son apparition. On ne cherche plus seulement à « prendre de l’argent » aux adversaires mais à les battre. Être le meilleur. C’est là qu’entre en jeu l’ego.

Et l’ego est un de nos pires ennemis au poker. Cette vision que l’on a de soi-même et que l’on cherche à protéger peut nous faire douter, surjouer, en bref prendre de mauvaises décisions.

Pour certains joueurs de Poker, il est difficile d’admettre qu’un adversaire est meilleur, plus intelligent, plus chanceux. Ce serait comme avouer une faiblesse.

Un remède : être honnête sur nos capacités, accepter l’erreur et chercher à progresser sur l’aspect mental du Poker, garder confiance en ses acquis quand la chance n’est pas de notre côté. C’est un chantier très vaste, et beaucoup plus subjectif que les stratégies mathématiques, mais pourtant au moins aussi important sur le long terme.

Faire face au TILT

Le Poker provoque un tas d’émotions, positives ou négatives. Parmi les émotions négatives, il y a la colère, la déception, et ces émotions peuvent déclencher ce que l’on appelle le TILT.

C’est un état, une transformation de nous-même qui provoque une baisse radicale de notre niveau de jeu. Au lieu de jouer de manière « logique/rationnelle/mathématique », nous jouons en fonction des émotions.

Typiquement, des comportements qui prouvent que nous sommes en Tilt sont :

  • Arrêter de réfléchir comme nous le faisions au début de la session de Poker ;
  • Continuer à jouer « pour se refaire » et ne pas vouloir sortir d’une session tant que nous sommes perdants (au risque de perdre bien plus) ;
  • Dévier de nos stratégies de base pour limiter les pertes, et par conséquent rater des occasions de value ou de bluff ;

Le Tilt est donc l’expression d’évènements qui vont à l’encontre de l’ego, créant une frustration, une anxiété et de l’énervement qui se reflètent dans notre jeu.



Quelques remèdes pour contrecarrer le Tilt quand il apparaît :

  1. Reconnaître quand on est en Tilt, faire une pause et respirer. Si le Tilt est trop fort, il est conseillé d’arrêter la session ;
  2. Analyser ce qui nous fait tilter (perdre un gros pot, faire une erreur « bête », perdre contre un adversaire qui a mal joué et a eu « de la chance », etc.) ;
  3. Essayer de progresser sur les points qui nous font sortir de notre zone de concentration habituelle (avec de la méditation, de la rationalisation, et du travail technique qui nous rendra meilleur !) ;

Le fait de perdre de l’argent, la pression monétaire, peut aussi être un facteur de Tilt. Dans ce cas, il est conseillé d’avoir un bankroll management des plus stricts qui nous enlève cette pression. Une bankroll bien gérée permet d’encaisser la variance, qui peut faire perdre de nombreuses sessions même si l’on joue notre meilleur jeu.

2. Connaître ses adversaires

Reconnaître les profils que l’on affronte est tout aussi nécessaire que de se connaître soi-même.

On ne joue pas de la même manière un adversaire récréatif qui joue uniquement pour l’adrénaline tant que son compte en banque lui permet, qu’un joueur pour qui chaque jeton est vital et ne prendra pas le moindre risque.

C’est pourquoi l’attention portée aux actions des adversaires permettra de mieux connaître leur range préflop, et leurs tendances de mise, afin de pouvoir améliorer nos décisions durant les coups.

En général, nous pouvons classer les joueurs de Poker dans 4 grandes catégories :

  • Serré Passif (appelé NIT)
  • Large Passif (Fish « calling station »)
  • Serré Agressif (Tight-Agressive ou TAG)
  • Large Agressif (Loose-Agressive ou LAG)

C’est une façon un peu brute de catégoriser, il faut l’avouer. Voyons cela comme un spectre, et non pas des cases. Cependant, c’est le meilleur point de départ que l’on puisse prendre pour adapter nos stratégies.

Pour en savoir plus :

3. Améliorer son niveau de réflexion

Une fois que l’on a une idée de notre image en tant que joueur auprès des autres, et que l’on a identifié les profils des adversaires, il est temps d’appliquer cette dimension psychologique à la table.

Pour schématiser, cela pourrait se diviser en 3 niveaux :

  1. Le joueur de niveau 1 ne joue qu’en fonction de ses cartes (plus ou moins bien, évidemment) ;
  2. Au niveau 2, le joueur anticipe également ce que l’adversaire peut avoir en main (selon son profil et le board) ;
  3. Et enfin, au niveau 3 il essaie en plus de se mettre dans la tête de son adversaire et penser à ce que l’adversaire imagine de notre main.

En conclusion

Le Poker, c’est avant tout des décisions mathématiques et logiques en théorie. Cependant, nous remarquons qu’à partir du moment où il y a de l’argent en jeu, les joueurs sont de plus en plus submergés par leurs émotions.

L’intensité de ces émotions, les périodes de malchance ou au contraire de chance vont influencer les décisions à prendre. Calculer les cotes est tout à fait nécessaire, mais il est tout aussi important de travailler sur notre propre mental et celui de nos adversaires.